Wanda de Barbara Loden, un « miracle » au féminin qui dégenre

Dans le cadre des 15e Journées cinématographiques dionysiennes, qui se dérouleront du 4 au 10 février 2015 au cinéma L’écran de Saint Denis à Paris, Barbara Panero présentera le film Wanda de Barbara Loden.

Célébrant le féminisme dans tous ces états ou plutôt les femmes dans tous leurs états, cette programmation propose de voir ou revoir ce premier et dernier long métrage de l’actrice et réalisatrice Barbara Loden, qui aura traversé trop rapidement, l’histoire du cinéma, comme une météore énigmatique et cependant bouleversante d’authenticité, un « miracle » dira Marguerite Duras.

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C’est que Barbara Loden invente et incarne en 1970 un personnage féminin de fiction, hors des stéréotypes cinématographiques conventionnels, mais aussi loin des attentes féministes. Précurseur d’une Jeanne Dielman de Chantal Akerman, d’une Gloria de John Cassavettes et d’une Mona dans Sans toi ni loi de Agnès Warda, ce film, à sa sortie en 1970, malgré le prix international de la critique au festival de Venise, est passé presque inaperçu aux Etats-Unis, par la critique professionnelle, voire très mal reçu par les féministes de l’époque qui n’auront pas compris toute la gêne contestataire de ce personnage de Wanda.

Femme seule et déclassée, en errance dans une Amérique que nous ne reconnaissons pas, en déclin de son american dream of life, Wanda dérange ; car ce personnage de femme ne colle pas, does not suit, ni aux rôles que la société lui assigne, ni aux attentes que le spectateur lui préfère.

Chez Wanda, en effet, il n’y a aucune recherche de sophistication, ni en elle, ni dans la façon de vouloir la filmer. Elle n’est pas filmée dans un schéma érotique, dans ce cliché du cinéma hollywoodien, qui voit et filme la femme comme un objet de désir pour satisfaire cette pulsion scopique du spectateur masculin, selon la théorie de Laure Mulvey.[1] Wanda est à l’opposé de l’héroïne attendue dans un film de fiction, mais aussi à l’opposé de l’image féminine revendiquée par les féministes dans ces débuts de contestation, à savoir l’image d’une femme plutôt positive, combattante, habile, indépendante, non soumise, non docile, le contraire de Wanda.

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Wanda dérange d’être simplement ce qu’elle est: une femme ni sexy, ni bonne mère, ni bonne épouse, ni même bonne travailleuse, car too slow, no good, et convaincue de l’être. Elle déserte son foyer familial, en acceptant sans rechigner le divorce demandé par son mari, pour se retrouver sans domicile fixe, en errance sur les routes américaines, libre, d’expérimenter son être-là, jeté dans un monde conditionné socialement, culturellement et sexuellement.

Car, c’est surtout Wanda qui est dérangée par la promiscuité de ce milieu familial normé et genré, par cet environnement défavorisé d’une Pennsylvanie minière et ouvrière, sans argent et sans culture, par une amérique en divorce d’elle-même, de ses propres valeurs et de ses désirs, Aussi, que peut désirer Wanda? Si ce n’est devenir errante, une femme en errance. Qu’est ce une femme en errance? Cet état présente toujours quelque chose de suspect lorsqu’il s’agit d’une femme, d’un personnage féminin, comme la dame du Camion de Marguerite Duras.

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Wanda dérive d’un lieu à un autre, d’un homme à un autre, à la recherche de son juste mi-lieu, selon l’expression de Raymond Depardon. De l’errance à la rencontre, elle vivra, avec Mr. Dennis, comme elle l’aime l’appeler, compagnon de route et aussi errant qu’elle, elle vivra, pendant un instant finalement très bref, un autre rapport au monde et à elle-même.wanda3

C’est la rencontre avec son désir où elle demandera à cet autre d’être aimée par son nom: Mr Dennis, do you want to know my Name?… C’est dans la nuit, dans l’obscurité d’une chambre d’hôtel, à ce moment du film, que la docilité de Wanda se confrontera à la brutalité ordinaire de Mr Dennis, pour peu à peu déconstruire leur rapport genré et faire place à une autre possibilité d’être. Et pour Wanda, c’est d’être nommée au coeur de la nuit par l’homme qu’elle désire.



Barbara Panero est actuellement à la recherche d’un éditeur en cinéma pour publier ce travail de monographie de ce merveilleux film… Ecrivez moi…Avec joie… à travers la Cinereveuse… 


http://www.lecranstdenis.org/dionysiennes/jcd/

http://www.lecranstdenis.org/wp-content/uploads/2015/01/FF-PROGRAMME.pdf

https://fr-fr.facebook.com/pages/Cinéma-lECRAN/304538841925

[1] MULVEY Laura, « Plaisir visuel et cinéma narratif, » 20 ans de théories féministes sur le cinéma, Courbevoie, Ed. Cinemaction/Ed.Corlet/Telerama, 1993, p17.

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